SAISON > SPECTACLE
- Negerin (Négresse) - THÉÂTRE
- Les 04 et 05 février 2010,
20h, Théâtre de la Ville - Franz Xaver Kroetz

texte et mise en scène Franz Xaver Kroetz—avec Laurent Caron, Didier De Neck, Anne Tismer—traduction Danielle De Boeck, avec l'aimable relecture de Philippe Minyana—assistante Tatjana Pessoa—lumières Joël Bosmans—coproduction Festival de Liège, Théâtre National de la Communauté Française–Bruxelles—L'Arche est agent et éditeur de la pièce—durée 1h30
Anne Tismer, inoubliable Nora la saison dernière, dans une pièce choc de Franz Xaver Kroetz
« (…) Figure majeure du théâtre allemand, Franz Xaver Kroetz pratique un théâtre à poings nus, d'un réalisme sordide et superbe. À plus de 60 ans, l'auteur et metteur en scène n'a rien perdu de cette colère exubérante qui transforme ses pièces en uppercuts balancés à la laideur sociale.En 2009, le célèbre auteur de “Concert à la carte” relève le défi de créer, en français, une nouvelle pièce, “Negerin”, plongée étouffante dans la misère sociale et affective la plus noire. Cette œuvre de jeunesse, retrouvée par hasard récemment dans un de ses tiroirs, met en scène une femme, quadragénaire, séparée de son mari, un ivrogne qui vit dans la rue. Tandis qu'elle a invité un jeune homme à passer la nuit chez elle, le mari débarque, réclamant de l'argent, un repas et tout ce qu'il croit pouvoir exiger de son épouse.
À la violence verbale succède la brutalité des coups, dans un huis clos opaque, oppressant. Du Kroetz pur jus, une langue brute et surtout des situations extrêmement crues. Devant ces excès de naturalisme, on pourrait se dire que Kroetz exagère si l'ensemble ne vous prenait à la gorge.
Car ce réalisme pur et dur est contrecarré par un travail déroutant sur la langue et le jeu. Les mots sont rustiques, les phrases sont rudes mais le jeu est décalé, les voix semblent mortes, à l'image des personnages. Ce langage « saignant, violent et indifférent à la fois », selon l'auteur, traduit l'incommunicabilité des êtres, murés dans leur désespoir, résignés et incapables de briser la chaîne de leur solitude.
À ce jeu-là, la comédienne allemande Anne Tismer est magnifique dans ses élans déchaînés à déterrer un peu d'amour au milieu de tant de crasse sociale et familiale. Face à cette femme qui plie mais ne rompt jamais, le Belge Didier De Neck compose un clochard alcoolique au jeu somptueusement vicieux. Beaucoup plus sobre, Laurent Caron est un jeune “taiseux” dont l'autisme cache une barbarie assassine… »
Catherine Makereel – Le Soir, Bruxelles